18
oct.

Pour une Pride à La Réunion

(Le visuel qui s’affiche au partage de cette publication sur les réseaux sociaux est une réalisation d’Isabelle Luminet)

Disclaimer : Pour peu qu’il compte, je livre ici mon avis sur la nécessité de l’organisation d’une Pride à La Réunion. Cet avis a varié au fil du temps, de mes expériences et de ce que je percevais du monde qui m’entoure à des moments donnés. Il est de fait condamné à varier encore et encore. Mais comme j’ai fini par réaliser et accepter que c’est de toute façon la condition de toute chose en ce bas monde, je décide de donner une existence à cet avis à cet instant T. Et j’encourage de la même manière les corps et les voix que l’on n’entend pas encore assez sur le sujet à s’exprimer et à reprendre leur juste place dans ce débat qui a trop longtemps été mené et monopolisé par les mêmes.

Je tends à me considérer comme étant non-binaire et androsexuel, bien que je ne puisse nier bénéficier la majeure partie du temps d’un privilège cisgenre. Par souci d’honnêteté et de simplification, je me définirai donc plutôt comme un homme gay cisgenre et racisé.

Ma situation géographique faisait que la seule représentation que j’avais de ce que l’on appelait encore à l’époque la “gay pride” était celle qui était relayée par les médias mainstream nationaux, souvent sous un regard dangereusement simpliste et alarmiste. De la réalité me parvenaient donc uniquement des images d’hommes “efféminés” dansant à moitié nus ou en combinaison en latex sur des chars bruyants et colorés. C’est aujourd’hui ce même type d’imagerie qui est par exemple repris par l’extrême-droite, la droite, et toutes celles et ceux qui auraient manqué le train de l’évolution de nos sociétés pour illustrer leur rhétorique lgbtphobe. Je n’entrerai pas ici en détails sur les effets de ces stéréotypes sur l’adolescent en plein questionnement et en déni que j’étais. Je tiens par contre à rappeler qu’il ne faut pas jouer le jeu de ceux qui exploitent de manière irresponsable ces représentations en attribuant les maux de nos communautés minorisées aux corps qui défieraient par leur simple existence les normes imposées par les structures dominantes.

Mes premières expériences de la Pride furent celles de la Pride in London, donc celle d’une manifestation largement soutenue par les pouvoirs publics, un consortium d’acteurs privés et une majeure partie de la population ; la réalité d’une grande capitale européenne, évidemment très éloignée de celle que l’on vit actuellement à La Réunion. Loin de l’image stéréotypée et réductrice que j’ai pu intérioriser jusqu’à lors, j’ai pu découvrir bien sûr des hommes et des femmes dansant à moitié nu.e.s sur des chars colorés, des rubber/latex, puppies, mais aussi des drag queen et kings, des personnes LGBTQI+, queer, dans les domaines du sport, des arts, de la fonction publique, du monde de l’entreprise et de tout une diversité d’autres champs, des familles et allié.e.s, et des groupes souvent invisibilisés au sein même de nos communautés, comme les musulman.e.s ou les minorités raciales pour ne citer qu’eux. Il m’est malheureusement impossible d’être exhaustif, mais ce qu’il y a à retenir est que la Pride est avant tout une manifestation politique pendant laquelle des individus et groupes d’individus à qui on refuse au quotidien une égalité de droits, de traitement et de visibilité se rassemblent dans leur diversité pour revendiquer et célébrer leurs différences et tout simplement leur existence.

Oui, nous avons aussi nos problèmes d’inclusivité à résoudre “en interne”. Oui, le capitalisme a infiltré en profondeur les grandes prides via le pink et le rainbow-washing. Mais la Pride de La Réunion, quel que soit son nom ou la forme qu’elle prendra, sera l’opportunité de construire sur une autre base une fierté qui correspond à nos besoins et à nos réalités.

Je refuse que la question soit tout simplement écartée sous prétexte que La Réunion ne serait pas prête à accueillir une Pride. J’ai trop souvent entendu le discours que ni les Réunionnais.e.s, ni les Réunionnais.e.s des communautés LGBTQI+ ne voulaient de cette visibilité dans l’espace public. J’ai pourtant eu la chance de rencontrer des gays, lesbiennes, aussi des personnes trans et des personnes qui rejettent la binarité du genre, qui malgré les difficultés à se faire reconnaître au sein de leur famille ou de la société et les violences physiques et psychologiques qu’ils et elles vivent ou ont vécu persistent dans leur lutte. Nier leur droit à l’émancipation, c’est accepter la normalité de ces violences. Je refuse que notre droit ou non à la visbilité soit soumis au bon vouloir des lgbtphobes et d’élu.e.s peu enclins à risquer de froisser leur électorat lgbtphobe.

Si une Pride doit être organisée à La Réunion, faites qu’elle soit laissée aux mains de celles et ceux qui y croient réellement, celles et ceux qui y mettent leurs espoirs pour une vie meilleure. Aux autres, soyez de bon.ne.s allié.e.s ou ne soyez pas.

Portez les voix de celles et ceux qui travaillent à l’organisation d’une Pride à La Réunion :
Emi, via Pride Réunion — https://www.instagram.com/pride.reunion/
Brandon Gercara, au travers des projet de l’associations requeer — https://requeer.re

 

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