10
juil.

Jour 308/353

Pride in London Parade
La parade de la Pride in London 2016, le 25 Juillet.

Il y a deux semaines, je me suis rendu à Londres pour participer à la Pride in London 2016 en tant que bénévole. Ce fut à la fois ma toute première expérience de bénévolat et ma toute première Pride, et c’est finalement devenu l’un des meilleurs week-end de ma vie.

Je n’ai pas vu grand chose de la Marche de Samedi. Je devais y prendre part en tant que Steward, mais étant arrivé en retard à l’enregistrement, j’ai finalement été affecté à un autre rôle, loin du parcours de la marche.

Je ne vais pas mentir, la collecte de dons a été un rôle difficile à tenir pour moi, d’autant plus qu’il s’agissait d’une première fois. J’avais l’impression qu’appeler les gens à la générosité revenait à estimer qu’ils étaient trop égoïstes pour faire un don spontanément. Et pour être honnête, je n’aimerais pas non plus qu’on me le fasse à moi.

J’essayais de garder le sourire et de rester positif, mais le fait de se faire ignorer ou éviter par des gens qui n’ont de toute façon pas de temps à perdre, a fait chuter mon estime de moi à un niveau proche de zéro, et avoir été posté à l’entrée d’une station de métro aux heures de pointe n’a pas non plus aidé.

Heureusement, j’avais des co-équipiers pour me soutenir, et certaines personnes n’hésitaient pas à donner un peu de monnaie avec plaisir et à m’encourager. Quand le moral est au plus bas, le moindre sourire ou une réponse à un “bonjour” devient une explosion de bonheur. La météo m’était aussi favorable; j’étais heureux de retrouver mon teint.

La partie la plus gratifiante était évidemment d’avoir contribué à une grande cause. La Pride in London est un évènement relativement coûteux, mais il reste publique et gratuit grâce aux sponsors et aux dons, principalement.

J’ai encore été bénévole le lendemain, en tant que Steward pour la Pride in the Park. Cet évènement était plus détendu que la Marche, mais restait tout de même animé. J’y ai passé du bon temps, ai rencontré du monde, et j’ai agité le drapeau de la Pride et le drapeau arc-en-ciel.

Somewhere around Trafalgar SquarePride in the Park, in Vauxhall ParkA Proud Dog

J’ai aussi passé un peu de temps à errer dans Londres et à visiter le nouveau bâtiment de la Tate Modern, qui a ouvert récemment. La vue du dernier étage sur Londres m’a rappelé mon premier jour dans la City, dix mois auparavant.

One of Donald Judd's "Stack"View from Tate Modern's New Bulding

Cette courte mais plaisante aventure à Londres m’a aidé à digérer le résultat du référendum sur l’UE. Elle m’a aussi rappelé l’importance du combat pour l’égalité.

Le temps de quelques jours, j’ai arrêté de considérer mon orientation sexuelle comme un motif de discrimination. Étrangement, elle est devenue si triviale que je n’y ai même plus du tout pensé, comme si cela n’avait jamais eu la moindre importance. C’est une sensation que j’aimerais pouvoir ressentir tout le temps et partout.

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23
juin

Jour 291/353

Spring in the Countryside
Vue sur les champs, dans les environs du village de Hartington.

Les mois d’Avril et Mai ont apporté quelques journées relativement chaudes et ensoleillées, signes que l’hiver avait pris fin.

C’est sous ces conditions favorables que nous avons passé, avec les étudiants du Master Photographie, quelques jours dans la campagne anglaise, au Hartington Hall.

L’ancien manoir est situé à proximité du village de Hartington et de vastes champs où nous avons pu voir gambader vaches, moutons, chevaux et autres animaux de la ferme.

Dove CottageRosebayFlowers House

Nous n’y avons passé que trois jours et deux nuits, mais le retour à Nottingham fut pour moi un choc.

L’air frais et le calme de la campagne, les amitiés tissées sur les longues routes boueuses; tout cela n’avait alors plus l’air que d’un souvenir lointain.

SlugsYoung SheepAbandoned Caravan

Mon voyage suivant avait pour destination Leicester, dont l’équipe de football avait récemment remporté le titre de championne d’Angleterre en Premier League.

Ce n’est pas pour le sport que je m’y suis rendu, mais plutôt pour le Comic-Con de Leicester, duquel je suis revenu avec le sac rempli de peluches et de figurines Pokémon.

Architectural Pattern in LeicesterJakes and LPS from Adventure TimeSajanRai draws you as a SlothModern Art in Leicester

Dans les jours suivants, je me suis rendu à Londres pour me préparer au rôle de volontaire pour la parade de la Pride de Londres, qui aura lieu ce week-end.

Indian Restaurant in LondonDuke of Sussex
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25
mars

« The conversation isn’t over »

"The Space" in Nottingham Contemporary
“L’espace”, à Nottingham Contemporary, qui nous a servi de lieu d’exposition.

L’hiver dernier, Nottingham Contemporary présentait l’exposition intitulée Monuments Should Not Be Trusted, qui amenait à découvrir l’ « âge d’or » de la République fédérative socialiste de Yougoslavie à travers les oeuvres de plus d’une trentaine d’artistes issus de l’époque et du contexte en question.

Dans le cadre du Memory Project annuel, maintenant appelé Aftermath, les étudiants du Master en arts plastiques de Nottingham Trent University, rejoints pour la première fois par les étudiants des Masters en histoire de l’art et en culture visuelle de The University of Nottingham, ont collaboré pour monter une exposition qui répondait à Monuments Should Not Be Trusted en réactivant la conversation initiée lors de l’exposition d’hiver, et même un demi siècle auparavant, en Yougoslavie.

Nous l’avons appelée The Conversation isn’t over (littéralement “La conversation n’est pas terminée”), et ce fut pour la plupart d’entre nous une expérience inédite, ce qui fut à la fois la cause de quelques problèmes logistiques et l’occasion d’avoir un avant-goût de nos futures carrières d’artistes et de commissaires d’exposition (je touche du bois).

Mes travaux présentés lors de l'exposition

Pour ma part, j’ai présenté une pièce spécialement réalisée pour l’exposition et une autre dont la création remonte au mois d’Octobre, au début du premier semestre.

Tito's DildosTwo of "Tito's Dildos"Relay Batons

“Les godes de Tito” (titre auquel je préfère l’anglais Tito’s Dildos) sont une série de quatorze dessins au graphite directement inspirés de la collection de batons de relais présentés lors de l’exposition Monuments Should Not Be Trusted. Ces batons de relais faisaient partie d’une collection (beaucoup) plus large de dizaines de milliers d’autres batons utilisés lors des courses de “Relais de la jeunesse”, organisées annuellement entre 1945 et 1988 en tant que célébrations du pouvoir et de la naissance de Josip Broz Tito, à la tête de la Yougoslavie pendant la quasi totalité de cette période. En d’autres termes, ces batons de relais étaient des cadeaux d’anniversaires du peuple de Yougoslavie à leur dirigeant, que l’on qualifiait de “dictateur bienveillant”.

Cette contradiction m’a mené vers une ré-interprétation humoristique de ces magnifiques objets artisanaux en godemichets, objets qui portent selon moi la même force antithétique.

La forme phallique de ces sex-toys leur confère le statut de symboles de l’autorité masculine, mais ceux-ci sont plus communément associés à des usages féminin ou homosexuel, ce qui est loin de correspondre à la représentation de la “masculinité hégémonique” cultivée par les dictatures.

En altérant (de façon imaginaire) la fonction originelle de ces batons de relais, nous ouvrons la porte à des ré-interprétations de l’histoire dans lesquelles, par exemple, Tito serait un fervent collectionneur de godemichets aux formes insolites, ou le peuple offrirait littéralement à son gouvernement de quoi “aller se faire foutre”.

Ces histoires alternatives n’existent évidemment qu’à travers ces pages extraites d’un journal intime; la meilleure antithèse que j’ai pu trouver aux affiches de propagande.

ArtefactsA closer look at the "Artefacts""Artefacts" in the making

Les “Reliquats” portent une aura plus solennelle. La pièce est constituée de soixante-deux morceaux de plâtre sur lesquels sont tamponnés des nombres allant de 001 à 062. Ils sont classés dans l’ordre numérique croissant dans une grille de sept lignes et dix colonnes.

Les fragments sont présentés comme des trouvailles archéologiques, mais n’ont pas l’air d’être issus d’un objet identifiable. Ils semblent plutôt avoir été sélectionnés de manière aléatoire, et l’impression d’avoir une série ordonnée ne vient que de sa numérotation, qui a pourtant l’air tout aussi arbitraire que la forme des petites sculptures.

Les archéologues déterrent et découvrent des fragments de l’Histoire de l’humanité, un héritage commun à tous. Considérer ces “Reliquats” comme une oeuvre d’art reviendrait à en faire également un infime fragment de cet héritage, qu’il reste encore à déchiffrer et interpréter.

Pizza

Cette oeuvre, un ready-made de chez Inferno Pizza, n’a pas pu être exposée pour des raisons de sécurité. Elle faisait partie d’une performance que j’ai intitulée “Après l’effort, le réconfort”.

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