21
Oct

(Français) L’art comme expérience utilisateur

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On parle de manière générale, en marketing, d’expérience utilisateur pour désigner l’expérience vécue par un individu lorsqu’il est amené à interagir avec un objet, qu’il s’agisse par exemple d’un produit ou d’un service. Réunir les conditions d’une expérience positive, à la fois dans la conception de l’objet et dans la manière dont il est amené à être consommé, permet de mener sa cible à la conversion, à l’achat et à la fidélisation.

Le concept d’UX Design (ou design d’expérience utilisateur) admet que cette expérience est “designable“. Après avoir clairement identifié le ou les besoins de l’utilisateur, on s’assure dans un premier temps que le produit ou le service est à même d’y répondre, puis on s’attèle à rendre le cheminement entre le besoin et la réponse à ce besoin le plus “positif” possible — en le raccourcissant, en le facilitant, en le rendant plus agréable. La difficulté réside dans la multiplicité des moyens employables à cet effet, à laquelle s’ajoute le fait que chacun de ces moyens peut répondre à ou appeler de nouveaux besoins, en fonction de la façon dont ils interagissent entre eux et avec chaque utilisateur dans son unicité. Il est cependant possible dans une certaine mesure d’anticiper les résultats de ces paramètres grâce à l’analyse des résultats de cas précédents ou de tests préalables, en se basant sur des faits scientifiques et/ou sociaux, par la projection d’une expérience personnelle, ou par l’interprétation des observations faites dans notre environnement immédiat (on tend tout de même à éviter les deux derniers cas).

Prenons l’exemple du stylo : il répond au besoin des utilisateurs de laisser des traces sur une surface. La réponse à ce besoin peut être affinée selon que l’utilisateur a besoin de laisser des traces d’une couleur particulière, d’une épaisseur particulière ou sur une surface particulière. Une catégorie de produits “stylo” servira donc à répondre à une combinaison de besoins spécifiques, ce qui donne déjà ici un nombre assez conséquent de catégories de produits “stylo” différentes possibles. Tous les produits d’une même catégorie n’en sont pas pour autant égaux en matière d’expérience utilisateur : certains stylos, de par leur forme, peuvent être plus ergonomiques et donc plus agréable à utiliser que d’autres ; certains peuvent être dotés d’un clip qui peut faciliter leur transport et leur donner une meilleure stabilité lorsqu’ils sont posés sur une surface plane ; d’autres peuvent êtres dotés d’un bouchon ou d’un système de ressort pour éviter que la pointe ne sèche… Les possibilités sont potentiellement illimitées.

Dans le meilleur des mondes on n’aurait donc jamais à se plaindre des produits et des services qui nous sont proposés, ce qui est bien loin d’être le cas. S’il peut sembler aisé — en apparence, du moins — d’imaginer le stylo parfait, d’autres produits et services peuvent nécessiter des efforts de réflexion et des études plus ou moins complexes et étalés sur la durée avant de pouvoir prétendre proposer une expérience utilisateur optimale. La mise en application ou en production des résultats de cette étape de recherche préalable peuvent également être confrontés à des difficultés techniques et des contraintes de coût qui se répercuteront inévitablement sur le prix final du produit ou du service. L’utilisateur devra donc en général payer plus cher pour une meilleure expérience utilisateur.

La réalité de notre système économique obligera par la suite à faire des compromis sur cette expérience utilisateur : un produit qui apporterait une totale satisfaction à son utilisateur ne serait probablement jamais remplacé, et il est donc souvent plus judicieux de proposer délibérément une expérience utilisateur toujours perfectible ou qui sera amenée à se dégrader au fil du temps ; c’est ce que l’on appelle l’obsolescence programmée. Celle-ci concerne plus particulièrement les produits de consommation, mais les intrusions de l’économie dans l’expérience utilisateur peuvent aussi se faire sous d’autres formes. Par exemple, les utilisateurs rejettent unanimement la publicité en ligne, mais celle-ci constitue très souvent une source de revenus non négligeable pour les sites internet (ces revenus étant généralement destinés à couvrir les seuls coûts de maintien en ligne). Ces sites internet doivent ainsi intégrer la publicité d’une manière qui la rend performante sans pour autant gêner l’expérience utilisateur de manière excessive. Ces compromis, quelle que soit leur forme, se font toujours au final au détriment de l’utilisateur.

En résumé, l’expérience utilisateur est comparable à un terrain d’échanges entre celui qui la vit et celui qui la conçoit. Bien que les rapports qui s’y jouent ne soient pas parfaitement équitables, elle garantit que les deux parties en tirent — dans le meilleur des cas — un certain bénéfice : d’un côté une expérience satisfaisante, et de l’autre la satisfaction de l’utilisateur (et tout ce que cela implique lorsqu’il est question de marketing).

L’expérience de l’art présente en cela des similitudes avec l’expérience utilisateur. Les différences fondamentales entre le produit de consommation et l’œuvre d’art font que ces notions ne se transposent pas à l’identique, mais certains mécanismes se retrouvent aussi bien d’un côté que de l’autre.

L’art ne répond pas à un besoin dans le sens où on l’entend lorsque l’on désigne un produit comme le stylo, par exemple, mais il engendre bien des expériences variables au moment de la rencontre entre l’œuvre et le “regardeur”. Si cela apparaît comme une évidence dans les courants picturaux où la nature du sujet, la composition de l’image et la palette utilisée stimulent d’une façon particulière le sens de l’esthétique, les émotions et les sentiments du “regardeur”, il me paraît encore plus flagrant dans les pratiques “contemporaines” où l’on s’affranchit du beau et des médiums dits traditionnels pour tenter justement de proposer des expériences inédites. De plus, contrairement au marketing, l’art n’a a priori pas pour objectif final de répondre aux attentes d’éventuels consommateurs ; il sert davantage un discours et une intention, ceux de l’artiste. De cela naissent des expériences qui peuvent être plaisantes, désagréables, déstabilisantes, [entrez ici n’importe quel adjectif qualificatif], ou plusieurs de ces choses à la fois…

Les expérimentations auxquelles nous a habituée notre éducation artistique nous amènent sans cesse à questionner la forme et la mise en contexte des œuvres que l’on pourrait être amené à produire. On apprend ainsi à distinguer les effets des œuvres monumentales, intimes, interactives, dans l’espace public, dans le “white cube”, etc. Cela prend tout son sens quand on considère l’art comme un moyen de communication à part entière ; en manipulant les conditions de l’expérience du “regardeur”, l’artiste donne à découvrir une vision particulière du monde. Cet échange est souvent mis en échec lorsque l’expérience produite est en trop grand décalage avec celle escomptée, car après tout, les éléments de langage sur lesquels cette communication est fondée sont changeants, subjectifs et parfois intraduisibles. Ainsi sommes-nous forcés d’accepter que ce que l’art fait avec la plus grande constance est de nous interroger sur nous-mêmes et de mettre en exergue la variabilité des choses.

L’expérience inhérente à l’œuvre est rarement la seule à laquelle il est possible d’être confronté en tant que “regardeur”. Dans le cadre d’une exposition, la façon dont l’œuvre interagit avec les autres et la façon dont cet ensemble interagit avec un contexte spatial et un contexte temporel particuliers constituent autant de conditions possibles à la production de nouvelles expériences. Mais il me semble que ce sujet mériterait son propre développement.

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17
Jun

(Français) Subsister après l’école d’art

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Il y a plus ou moins un an, j’ai franchi le pas entre l’école d’art et le monde de la communication en rejoignant les effectifs d’une agence digitale. Bien sûr, il m’arrive quelques fois de regretter de n’avoir que peu de temps à consacrer à ce qui était l’objet premier de mes études, mais je me console à l’idée qu’il s’agisse d’une occasion bienvenue de laisser ma pratique en jachère quelques temps, et également d’une opportunité d’explorer un nouveau champ de connaissances, en l’occurrence le marketing (en plus de pouvoir, accessoirement, goûter à un semblant de stabilité financière).

Profondément imprégné par ma formation initiale, je ne peux néanmoins m’empêcher de vouloir tout ramener à une certaine proximité de l’art, peut-être par crainte de me laisser emporter trop loin par le courant. Par chance, l’art a plutôt tendance à s’ouvrir aux autres disciplines et même à s’en nourrir, à la manière d’un morceau de pâte à modeler qui en ingèrerait d’autres pour devenir une masse informe aux couleurs dégueulasses.

C’est donc tout naturellement que mon intérêt se porte sur les ponts possibles entre les deux blocs ; les liens formés par l’utilisation de techniques et outils marketing par les artistes et autres acteurs et institutions de l’art. Certains peuvent paraître évidents, comme la relation quasi-intrinsèque qui est à l’œuvre au sein du marché de l’art ou art market — qui donnerait un mélange de pâte à modeler presque totalement homogène —, ou le format de l’exposition, qui accorde de la visibilité et un potentiel de diffusion à un ou plusieurs artistes et leurs œuvres le temps d’un évènement au sens large — que je visualiserais cette fois comme deux morceaux de pâte à modeler greffés l’un à l’autre sans pour autant se mélanger.

Mais la vente et la promotion, évoquées dans ces deux exemples, ne sont pas nécessairement les seules fins du marketing, et son intégration peut également débuter dans les étapes de la création de l’œuvre, à partir du moment où sa mise en espace et sa mise en relation avec quelconque élément extérieur à elle sont envisagées ; car de ces agencements et interactions particuliers découleront des expériences variables, celles des individus qui composeront son potentiel public.

Les stratégies marketing semblent justement tourner autour de l’expérience : celle du client avant, au moment de ou après l’achat ; face à une marque, un point de vente, un produit ou lors de l’utilisation de ce même produit. Sans aller jusqu’à comparer l’œuvre d’art au produit de consommation, je ne peux m’empêcher de penser que l’approche marketing et la démarche artistique ont en commun que leur communication repose sur les effets qu’elle pourrait induire sur des éléments comme les émotions, les sentiments, la culture, les connaissances (ou le manque de connaissances) des individus auxquels elles sont destinées, que les méthodes de cette communication soient fondées sur des données statistiques précises ou de pures intuitions.

Si dans tous les cas, cela peut s’apparenter à une certaine forme de manipulation psychologique, les divergences se situent dans les intentions et les objectifs qui se trouvent à la source de ces méthodes, ainsi que dans les conditions nécessaires à la production de l’expérience, et enfin dans cette expérience elle-même. Inciter à la consommation, diffuser un message politique, communiquer une certaine vision du monde, exprimer un état d’esprit, etc., sont autant de raisons possibles de recourir au marketing, mais toutes ne produisent évidemment pas la même expérience.

Je ne souhaite pas développer ces réflexions avec l’objectif de fournir un manuel sur ce que serait une communication artistique efficace (car j’en serais de toute façon incapable). Il s’agit plutôt d’une démarche orientée vers la volonté modérément idéaliste de recentrer la pratique artistique sur une prise en considération augmentée et assumée de son public, de ses “consommateurs” et des expériences que pourraient produire leur rencontre.

Dans ce raisonnement, le marketing ne doit pas être imaginé comme une entité sur laquelle la publicité et la propagande auraient la mainmise, mais plutôt comme un ensemble d’outils libres qui se trouvent être également à la disposition des artistes pour une utilisation consentie et éclairée.

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24
Aug

Day 353/353

Benou in the train
Benou is saying farewell to Nottingham.

I left Nottingham on August 3rd carrying two suitcases and a bag full of everything I could bring along. My little “adventure” in UK is over. I’m heading back to La Réunion.

MagikarpScribbling on the train

But before going back to the tropics, I’m enjoying what’s left of this month to visit pieces of France again — under the beautiful Summer sun this time.

Eiffel Tower from le Champ de MarsTroyesMusée de Soissons

These are also the last days of the foretaste of independence I was allowed for ten months. I’m moving back with mom and dad, retrieving my life and habits where I left them.

The French countrysideView of Le Tarne at MontaubanLe Tarn
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08
Aug

It’s About Time

"It's About Time" Opening
Rye Attic gallery, during our opening event.

Our second and last exhibition of the year was hosted by Rye Attic, a space opened a few months ago in New Basford, Nottingham. It is a bit remote from the city centre but nice looking, and it suited exactly our needs.

We opened on the 18th of July and until the week-end, a period that overlapped the Graduation week. Our exhibition was also “competing” with the MA Photography’s final show and the rest of the MA’s, which both looked great.

We didn’t get as many visitors as we expected nor wanted to, but I think we were all satisfied with what we had achieved.

My work in the exhibitionA visitor

Though we are all using a variety of different media, Zoé, Jilly, Emily and I are connected in our practices by our relationship to Time. We also share interest in social and political issues, which materialized through the works we showed.

My part was mainly centered around the notions of displacement, migration and diaspora.


Untitled (yet) is a series of pages from my notebook with little drawings and marks similar to the ones used by prisoners to count days. One of them is a photograph of my hand with the same kind of markings, and in the same format as the other pages.

I started this collection at Peak District by counting snails, slugs and worms I encountered during my walks: “the population of the fields”. The following records consisted in counting mundane activities such as how many times I used the blue water tap instead of the red one, or how often I went on Facebook. One page is a day.

Untitled YetOne page of the "Untitled (Yet)" series

This childish activity becomes a social comment when it makes you realize, for instance, how many CCTV cameras you may encounter on the way home or that only 22% of the gastropods have a shell to call home.


“Ich bin ein Tourist” is an installation made of enveloppes placed in circle formation in a square made by black and yellow striped tape. Each enveloppe represents a stay in a city where I arrived and departed from a same train station. The name of the said station is stamped along with the dates of the stay. A red drawing materializes my journey in the city, starting in the center and ending at the same point to close the loop.

"Ich bin ein Tourist" label"Ich bin ein Tourist" top viewEnveloppe

The reference to Kennedy’s iconic phrase “Ich bin ein Berliner” confronts the president’s speech in 1963 with the reality of the world half a century later; the citizens of the “Western world” have never been so free compared to “the others”, and we actually have so much freedom that we can afford to cede some in exchange for so-called safety and promises of better NHS funding.

“Real” freedom — real, as in real mayonnaise — might only exist in the form of tourism, a privilege mostly owned by wealthy Westerners. On the other side of the barrier, refugees are trapped between their devastated homes and closed doors.

For some of them, train stations, which are originally meant to be places of transition between arrival and departure, have become places of uncertainty.

"Réunion"

La Réunion is a framed print of a map of England with the shape of La Réunion drawn within its borders. The geographical north and the scale are the same for the two maps. My home in Nottingham and my home on the island are overlapping to create an imaginary space where personal history, culture and memories are melting.


This exhibition was part of our assessment, and we all succeeded. Now I’m on the way back to La Réunion for the second year of Master.

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10
Jul

Day 308/353

Pride in London Parade
The Pride in London 2016 parade on the 25th of July.

Two weeks ago, I went to London to take part in Pride in London 2016 as a volunteer. It was my first volunteering experience as well as my first Pride ever, and it ended up being one of the best week-end of my life.

I didn’t see much of the Parade on Saturday. I was meant to be in it as a Steward, but I arrived too late for the check in and was assigned to another role, off the parade route.

I’m not going to lie, Fundraising was a challenging role for me, especially as a first-timer. I felt like asking for people’s generosity was assuming they were too selfish to donate spontaneously. And honestly, I don’t like being asked for money myself.

I tried to keep smiling and being positive, but being ignored and avoided by people who don’t have any time to waste was lowering my self-esteem to something close to zero — being posted at a Tube station entrance during peak-hour didn’t help either.

Thankfully, I had supportive partners, and some people were happy to donate their spare change and encouraging me. When you are so low, even a simple smile or a hello back becomes a burst of happiness. The weather was on my side as well; I was glad to get my tan back.

The most rewarding part was of course to have contributed to a great cause. Pride in London is a relatively costly event, but it is kept free for its visitors thanks to sponsorship and donations mainly.

I volunteered again on the next day, as a Steward in the Pride in the Park event. This one was more relaxed than the Parade but it was still a busy one. I had a great time there, meeting people and waving the Pride in London flag and the rainbow flag.

Somewhere around Trafalgar SquarePride in the Park, in Vauxhall ParkA Proud Dog

I also took some time to wander in London and to visit Tate Modern’s new building which opened recently. The view of London from the top reminded me of my first day in the City, ten months earlier.

One of Donald Judd's "Stack"View from Tate Modern's New Bulding

This short but delightful adventure in London helped me to digest the result of the EU referendum.

It also reminded me how important it is to fight for equality.
For a few days I had stopped considering my sexual orientation as discriminating. And strangely enough, it even became so trivial I didn’t think about it at all, as if it had never mattered. That’s the way I wish I could feel all the time and everywhere.

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